|
Depuis 1976 je tiens un journal. Au début, il s'agissait
de cahiers de notes dans lesquels je notais brièvement et
de manière incompréhensible pour les autres ce que
je faisais et ce que je pensais.
Je collais aussi des petits bouts de papier : tickets, invitations,
programmes ... Petit à petit, la partie collage est devenue
importante et s'est structurée en petits tableaux. J'ai donc
accumulé au fil des années ces carnets que j'aimais
relire pour me souvenir.
En 1990 j'ai commencé une psychanalyse et j'ai arrêté
d'écrire. C'est à ce moment-là que j'ai commencé
à faire chaque jour un petit collage que je datais.
Un rituel s'est alors installé : chaque matin, avant d'aller
travailler, je vais dans un café prendre mon petit-déjeuner
avec une petite valise "de bricolage". C'est à
ce moment-là que je fais mon collage, toujours sur un carton
noir de 14 x 14 cm. Au départ, ces collages ne faisaient
pas partie des oeuvres que j'exposais. Je les considérais
un peu comme des brouillons, des gammes ou des exercices de composition.
Pour qu'ils ne s'abîment pas, je les ai fait encadrer. C'est
une amie qui m'a suggéré de les grouper par 9, car
le 9, d'après le poète Dante, est le chiffre de Béatrice.
À ce moment-là lejoumal a trouvé sa forme définitive.
Il a aussi pris de plus en plus d'importance dans ma vie.
J'ai pris conscience qu'il s'agissait d'une seule oeuvre en train
de se faire et je conserve tout. J'ai aussi pris la décision
de continuer ce journal jusqu'à ma mort. Je désirerais
qu'il fût exposé intégralement à ce moment-là.
C'est donc une oeuvre que je ne verrai jamais entièrement
terminée. Aujourd'hui elle mesure 50 m. de long.
Voir l'expo
|