Rabâcher
c’est dire sans cesse et jusqu’à s’en lasser la même chose et d’autres choses qui finalement reviennent à la même chose c’est dire que c’est parler pour ne rien dire qui ne soit déjà dit et donc qu’il ne sert à rien de remuer plusieurs fois le même couteau dans la même plaie ou la même langue dans la même bouche ou la même cuillère dans la même salade.
Rabaisser
son caquet à Jacquot le perroquet en lui clouant définitivement le bec.
Rabattre
vers l’Ouest les tribus apeurées et jouer leur destin à coups de balles lâchées dans les chairs en course à travers les fourrés. Rabattre aussi un pli d’où suintait trop de sang.
Rabibocher
le loup et l’agneau, le renard et la poule, fascistes et humanistes, chrétiens et musulmans, Dieu et le Diable, Joseph et Marie, peuples et dirigeants, la veuve et l’orphelin.
Raboter
chaque angle de vue, aplanir chaque bosse rebelle, lisser le rugueux de la langue, repasser le rabot là où on oserait l’histoire licencieuse du rat botté. Il existe aujourd’hui des raboteuses aux dimensions si grandes que tout échappatoire coûte un regain de ruse.
Rabouter
mots après mots, phrases après phrases, livres après livres une histoire commencée bien avant le langage et qui bégaie encore son origine perdue.
Raccourcir
la laisse pour se rapprocher de son chien.
Racheter
ses erreurs de jeunesse, ses écarts de conduite, sa première mobylette, ses droits d’auteur, son crédit immobilier, un vieil amour enfui, ses désirs endormis. Se racheter une bonne conduite au même prix avantageux d’une mauvaise.
Racler
le fond du pot jusqu’à ce que la cuillère brasse du vide.
Raffoler
de rimes riches, péché mignon du poète pauvre.
Rajouter
un point d’interrogation à chaque affirmation.
A. Helissen, ABCD’R, Remue-net, 2009

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