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Alain Helissen
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  • Questionnaire
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    1. Pouvez-vous nous donner une ou deux bonnes raisons de lire encore de la poésie aujourd’hui ?
    2. Lire de la poésie aujourd’hui n’a rien d’anachronique .La poésie, aujourd’hui comme hier et comme demain, reste un mode d’expression indissociable de notre condition humaine. Elle permet à la langue de s’affranchir de son enfermement dans les codes rigides d’une société paramétrée. Elle est, pour beaucoup d’entre nous, une soupape, le moyen de communiquer librement notre ressenti d’individu face au monde. En cela, la poésie donne sans doute le pouls de l’époque que nous vivons. Mais elle survit à toutes les époques – en y adaptant des formes nouvelles – parce qu’elle fait partie de l’homme et de son besoin de se définir parmi tous ceux de sa tribu.

    3. Un ou deux conseils pour aborder de la meilleure façon la lecture de votre livre ?
    4. La lecture de mon ABC d’R s’aborde avec la plus entière liberté. S’agissant d’une suite de phrases commentant des verbes prélevés dans la section « R » du dictionnaire, on peut commencer la lecture où bon nous semble, sauter des lignes, choisir son propre parcours. Cet ABC d’R, qui détourne volontiers les lieux communs de la langue française, se veut aussi une invitation au lecteur à poursuivre lui-même ce travail ludique, comme je l’ai fait du reste, à travers quelques livres d’artiste reprenant ce même fil conducteur.

    5. Pouvez-vous nous confier une ou deux choses à son propos que vous n’avez encore dites à personne ?
    6. Un premier aveu : j’ai utilisé deux dictionnaires pour ce travail, un petit et un grand (j’en tairai les éditeurs). Cela m’a permis de confronter des définitions complémentaires. Second aveu : j’ai découvert, parmi ceux retenus, deux verbes dont j’ignorais le sens : « remembrer » et « revancher ». J’ai pu aussi en « revisiter » utilement de nombreux autres.

    7. Par quel(s) poète(s), vivant(s), mort(s) ou encore à venir aimeriez-vous être découvert ?
    8. Pour les poètes vivants, et pour n’en froisser aucun, je répondrai : « tous sans exception. » Pour les poètes morts, je citerai Jacques Prévert, Boris Vian, Alfred Jarry, Henri Michaux, Paul Eluard,…la liste est bien plus longue. Paix à leur âme. Quant aux « poètes encore à venir », je ne dispose hélas d’aucun renseignement sur eux et l’enquête s’annonce difficile.

    9. Par qui ne voulez-vous surtout pas être lu ?
    10. Ayant un lectorat assez restreint je m’en voudrais d’exclure quiconque de mes lecteurs potentiels. Pardonnez-moi cette dérobade.


    L’édition poétique


    L’édition poétique en France, si l’on excepte quelques grandes enseignes comme Gallimard ou Flammarion, est constituée d’un archipel de « petits éditeurs » (une dénomination que je n’aime guère) qui sont souvent poètes eux-mêmes. Sans eux, la quasi-totalité de la création poétique resterait dans les tiroirs des auteurs. Les livres de poésie se vendent au compte-goutte. Ainsi, les relations entre auteurs et éditeurs échappent-elles au mercantilisme pour s’inscrire plutôt dans un type de rapport amical. En ce qui me concerne, j’ai publié des ouvrages de poésie chez différents « petits éditeurs ». Parmi eux, deux sont des amis de longue date avec lesquels j’avais créé la revue littéraire et artistique FAIX (1979-1983). D’autres se sont intéressés à mon travail, après que je me sois intéressé au leur. Les éditeurs de poésie ne peuvent être que des passionnés, sachant que tout enrichissement est illusoire dans ce secteur de l’édition. Il faut saluer l’énergie déployée par la plupart d’entre eux à défendre leurs livres : participation à des salons, festivals, marchés de la poésie, démarchage des libraires, des bibliothèques, organisation de lectures publiques, mailing…Je n’ai, pour ma part, que respect et reconnaissance à l’égard de mes éditeurs. Je ne leur en ai jamais voulu d’avoir parfois refusé l’un de mes manuscrits. En poésie, le tandem auteur/éditeur se doit de fonctionner à l’unisson. Si l’un des deux se repose sur l’autre, le livre a peu de chance de trouver un lectorat. Les poètes qui croient que tout leur est dû se trompent. À chacune de mes nouvelles publications je participe activement à sa défense par tous les moyens à ma disposition. Étant également directeur d’une collection de poésie, je me situe des deux côtés et comprends d’autant mieux ce que chacun attend de l’autre. Cette complicité entre l’auteur et son éditeur dépasse d’ailleurs le cadre du contrat d’édition qu’ils ont co-signés. Ainsi, l’auteur peut aussi s’intéresser aux autres livres édités par son éditeur, voire en commander quelques uns pour soutenir ses activités. En résumé, l’édition poétique en France est restée très vivace, malgré les changements rapides de la société. Pour autant, la poésie n’est pas restée figée dans ses « tranchées » livresques. Elle se publie « en ligne » sur de nombreux sites, elle s’articule en « slam », elle se lit en public un peu partout en France, elle s’enregistre sur CD ou DVD. Elle résiste partout au nivellement de la langue. Elle est indomptable et en cela irrécupérable. C’est pourquoi, sans doute, qu’elle ne trouve pas sa place dans l’économie.

    Alain Helissen
    4 septembre 2004
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