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Etienne Faure
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  • Questionnaire
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    1. Pouvez-vous nous donner une ou deux bonnes raisons de lire encore de la poésie aujourd’hui ?
    2. Les commerçants le disent : « essayer, c’est déjà l’adopter ». S’essayer à lire un recueil, c’est sans doute aussi commencer quelque chose –mais quoi ? Lire plus avant, parler, écrire peut-être ?...

      Dans Légèrement frôlée, il y a une partie intitulée « Lue, parlée, écrite », cette trilogie qu’on décline dans les CV pour indiquer l’état de connaissance d’une langue –quand on va se vendre « sur le marché du travail ».Cette trilogie –lire, parler, écrire- est fortement imbriquée, indivisible. Et entrer dans un recueil c’est sans doute se donner aussi la chance de parler autrement, écrire sa langue en connaissance de ce qui se fait, éventuellement s’en démarquer radicalement.

      C’est la même question pour beaucoup de choses, par exemple les tableaux, la peinture… Pourquoi aller voir un tableau au musée ou ailleurs ? A quoi ça sert ? A s’arrêter –arrêt sur peinture, sur image, tout comme la lecture est un arrêt sur poème. On commence alors à voir apparaître le poème.
      Le poème est un clair-obscur, entre sens et esthétique : on le regarde un moment, et il donne peu à peu à voir, au moins jusqu’à un certain point, le temps que les yeux percent un peu l’ombre et qu’un peu de beauté –mettons- ou d’émotion s’échappe….

    3. Un ou deux conseils pour aborder de la meilleure façon la lecture de votre livre ?
    4. Chacun sans doute a sa façon d’approcher une lecture (le sommaire, la chronologie, par parties...)
      A la différence d’un roman ou d’un ouvrage critique, par exemple, un recueil de poèmes n’est pas lié de la même manière en un « livre ». Sans doute n’y a-t-il pas le même impératif de lire linéairement et progressivement des textes qui gardent une autonomie, indépendamment de leur position dans l’ouvrage. Il me semble donc que Légèrement frôlée peut se prêter à cette façon de lire : picorer. Certains des lecteurs du recueil m’ont dit avoir pratiqué la lecture d’un poème par jour. Ce qui nécessite une constance peu évidente à maintenir…
      Et puis revenir et ressasser : refaire la promenade un autre jour, à un autre moment pour voir comment résonne le texte, s’il sonne autrement, s’il « résiste », si la première impression perdure. ..
      Picorer. Ressasser.

    5. Pouvez-vous nous confier une ou deux choses à son propos que vous n’avez encore dites à personne ?
    6. La photographie qui illustre Légèrement frôlée a gardé trace du titre initial qui était emprunté à l’un des textes, « la danse a cappella ».C’est-à-dire une idée de mouvement (du corps, du texte…) sans le soutien de la musique : une danse en silence.
      Mais il est vrai que ce titre renvoyait à un texte très…sévère, évoquant les charniers et le rebond des corps silencieux en cette chute.

      Un titre : que fédère-t-il ? Que livre-t-il ? A fortiori pour un « recueil » qui est un « livre » mais se compose d’éléments épars y compris quant au temps de fabrication (plusieurs années peuvent séparer des textes de Légèrement frôlée dans une même sous-partie).
      J’ai retenu le titre de « Légèrement frôlée » pour sa double acception :

      • ce qu’on approche de très près sans tout à fait toucher (le bonheur, l’éternité ?...) ;
      • - ce qu’on évite de justesse en le touchant presque (frôler la mort, par exemple).

    7. Par quel(s) poète(s), vivant(s), mort(s) ou encore à venir aimeriez-vous être découvert ?
    8. Par un ou des poètes dont la manière ou la façon serait très éloignée de ce que je fais et qui s’arrêterait cependant pour voir –et plus, finalement, par affinité imprévue. Guillevic préconisait de fréquenter (de lire) toutes les écritures de poèmes, y compris celles dont on se sent fort distant, car, disait-il, ça sert de « poil à gratter » (qui porte par ailleurs un autre fort joli nom…). Un tel rapprochement peut créer une surprise d’autant plus vitale qu’elle était inattendue.

    9. Par qui ne voulez-vous surtout pas être lu ?
    10. Quelle question…saugrenue…

      Lis qui veut -ou le cas échéant qui peut.
      A qui interdire de lire ? Personne.
      Le pire des personnages lirait-il Légèrement frôlée, que pourrait-on y faire ? Et tant mieux s’il y trouve matière à doute, courroux ou –mettons- écoute d’une altérité. (Et qu’il en pense ce qu’il veut par la suite).
      Une fois constitué, le livre tombe dans le domaine public des yeux, des têtes –entre les mains de tous.
      Le livre a tout à donner.

    11. Encore, si vous pouviez me dire quelques mots sur le travail d’édition, votre relation à l’éditeur :
    12. Donner à lire est sans doute le socle commun de l’auteur et de l’éditeur.
      Pour l’édition de Légèrement frôlée, c’est une approche partagée, et finalement la confiance réciproque qui a prévalu pour qu’il y ait « rencontre », que soit trouvée une ligne d’horizon entre l’auteur et l’éditeur. Cette démultiplication des forces pour étayer un projet a reposé sur un dialogue (attentif autant que généreux) « dedans/dehors » pour le faire aboutir : pas une fusion, mais une javelle, mettons.

      J’aime assez que Légèrement frôlée soit publié parmi d’autres domaines (les autres collections que Champ Vallon édite) en matière d’histoire, de sciences humaines, de critique littéraire, de littérature…Que la poésie, comme dans la vie, soit « parmi », étroitement imbriquée. (Ce qui n’enlève évidemment rien au mérite –au courage- des éditeurs de la seule poésie…).
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