Georges-Emmanuel Clancier, né quelques semaines avant le déclenchement de la première guerre mondiale, a traversé quasiment toute l’histoire du XXème siècle. Son écriture qui n’a rien d’avant-gardiste, certes, a su conserver cette fonction fondamentale de la poésie qui est bien d’opérer la transmutation de la laideur en beauté, de la souffrance en jouissance, de la misère en grâce. Partant du fini vers l’infini, non pour aliéner la conscience, la plonger dans l’illusion mais pour mieux signifier en profondeur l’appel, le chant discret mais entêté de G.E Clancier parvient ainsi à redire au néant « que l’aventure fut vive » quelle que soit l’ « inhabileté fatale » des paroles « à refaire et sauver le monde ».
G.G. (La Quinzaine Littéraire)
À Richard Rognet
Que jaillisse encore l'apaisante étincelle
entre le signe et l'inconnu
terre ou soleil flamme ou femme aubes ou nuits
par le silence appelés.
Feu précaire amoureuse et seule mesure
de notre vie
de notre éveil
la lueur première perpétue son écho
relance un regard
flèche au coeur du temps.
ÈVE NOIRE
Pour Lucien Clergue
Fleur surgie violente du minéral
tu défies par la pulpe d’ombre et de lumière
de tes seins collines
tu défies par l’hymne (cuivre, or, braise)
qui s’érige des reins à la nuque
sous le feu, sous le jeu solaires,
tu défies, ô fleur noire, chair première,
la partition de mort
gravée profond aux rocs comme aux os
de ce désert où défile le temps ;
Le regard qui te sacre reine
tu l’arrachas aux vallées éphémères
pour l’enfouir, le chauffer, le bercer en ton ventre.
Il te cueille en plein jet, corolle noire
mais ton sexe l’accueille et de nouveau l’enfante
lavé de toute souillure, de toute blessure,
armé de la gloire et de l’éclat originels.
Georges-Emmanuel Clancier, Vive fut l’aventure,
poèmes, Éditions Gallimard, Collection blanche, 2008
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