Voilà, je dirais, la poésie: un certain taux d'abstraction appliquée au quotidien, de petites et douces torsions du réel, presque imperceptibles, de légères couches superposées, formant double ou triple sens, et en tout cas ouvrant le sens, du brouillard d'ambiguité, un miroir offert au lecteur, presque rien.
1.1.
L’omme est un animal constitué d’un gros sac, surmonté d’une boule, appelée pot. Des coins du sac sortent des excroissances allongées, quatre, qui pendent généralement vers le bas.
1.2.
Dans le sac est enroulé un tuyau, que l’omme utilise pour badigeonner le monde de diverses matières verbales et fécales.
1.3.
Le pot est pourvu d’ouvertures, marchant par paires, 2 + 2 + 2 , plus une = 7.
L’ouverture solitaire est située en bas du pot. Elle est appelée “louche”, ou “trou-du-pot”.
1.4.
Observation.
Le sac et le pot peuvent ne peuvent pas être séparés.
1.5.
Consistance.
Le sac est mou-mou, le pot est dur-dur.
1.6.
Le fond du sac est pourvu d’un trou, ce qui permet de le vider.
1.7.
Les quatre excroissances allongées sont prolongées d’autres excroissances allongées, mais plus petites, au nombre de cinq. Qui font 20. Vingt.
1.8.
Précisions consistance.
Le sac est majoritairement mou, mais dur en certaines parties. A l’inverse le pot est majoritairement dur, mou en certaines parties. Dont acte.
1.9.
On peut parfois apercevoir, au bas du sac, un doigt 21, mou-mou-mou, et appelé pour cette raison tristouquète.
1.10.
Observation.
Plus un pot est dur, plus on a de mal à le casser.
1.11.
Les ouvertures naturelles du pot sont toutes situés vers l’avant, et marchent par paires, 2 + 2 + 2 , plus une = 7. 2 côté-côté + 2 côté-centre + 2 centre-côté, et une plein centre, inférieure = louche = trou-du-pot = 7. Sept.
1.12.
Le doigt numéro 21 peut, sous certaines conditions, devenir dur-dur-dur. Il peut alors s’introduire dans différents orifices, ce dont il ne se prive d’ailleurs pas.
1.13.
Un long tuyau est enroulé dans le sac, dont une extrémité se situe en bas du sac et l’autre en bas du pot. On les appelle “trou-du-sac” et “trou-du-pot”.
1.14.
Trou-du-pot permet de remplir le pot, puis le sac.
1.15.
Consistance et hygrométrie.
Le corps de l’omme est principalement sec-sec, du moins à l’extérieur. Les régions les plus humides sont concentrées aux deux extrémités du tuyau.
1.16.
La raison semble en être qu’elles sont en communication avec l’intérieur du sac, qui, lui, est humide de bout en bout.
1.17.
Règle.
Pour observer ce qu’il y a à l’intérieur d’un pot, il faut le casser (dur sur dur). Pour observer ce qu’il y a à l’intérieur d’un sac il faut le crever, et /ou le couper (dur sur mou).
1.18.
Outre le tuyau, le sac mou-mou contient un certain nombre d’autres sacs, baignant dans cinq litres et demie d’un liquide rouge sang, que l’on peut voir s’écouler lorsqu’on crève le sac.
1.19.
L’outil le plus approprié à l’ouverture du pot est un artau. L’outil le plus approprié à l’ouverture du sac est un outau. Ceci est un conseil.
1.20.
La boule numéro 1, ou pot, contient différentes matières molles, grises, blanches et roses.
1.21.
Des goûts et des odeurs.[…]
11.
Mode de vie. Vie sociale. Des divisions ?
11.1.
Les ommes se divisent en pauvres et en riches. Les pauvres nourrissent les riches.
11.2.
Mouvements de opulation.
Les riches se déplacent vite. Les pauvres lentement.
11.3.
Autre observation.
Les riches se déplacent assez souvent pour leur plaisir. Les pauvres, pour leur malheur.
11.4.
On peut avancer l’équation : plaisir = malheur.
vitesse lenteur
[…]
11.8.
Après leur mort, on suppose que les ommes ont une autre vie ( = une seconde chance). On suppose encore que les pauvres alors deviennent riches, et les riches pauvres. Mais ce ne sont que des suppositoires.
11.17.
Il y a sur l’erre 5, 5 milliards d’erriens dans le besoin, et 500 millions hors de besoin. Le nombre cinq est la figure la plus aboutie de l’injustice.
11.18.
De l’erreur, des erreurs (cinq cent millions).
Il y a autant de riches sur erre que de spermatozoïdes dans une émission de foutre (jaculat). De riche.
11.19.
Pour ramener ces chiffres mauvais à la raison trois, il suffit de changer:
11.19.1.
le moment (attendre).
11.19.2.
le nombre (voir massacre).
11.19.3.
le mode de comptage.
11.20.
Pour modifier le mode de comptage, il suffit de changer d’unité. Ainsi, par le simple fait d’adopter une nouvelle équivalence : 1 errant = 1, 833333 habitant(s ?), les 5,5 milliards d’erriens deviennent 3 milliards d’errants.
Et les 500 millions de riches, 272 millions 727272 erreurs.
11.21.
Avantage : la diminution de l’errienne population.
Jacques Rebotier, Description de l’omme, Verticales, 2008

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