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Jean-Pierre Chevais
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  • Biographie - Bibliographie
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    Cette suite de textes, composée de petites proses allant de 3 à 10 lignes et divisée en cinq sections comme une tragédie, peut se lire comme un tableau de notre condition incertaine, un historique brouillé de la conscience sensible cheminant à travers les grandes ombres de la culture, les figures rencontrées de son espace social, les territoires fuyants aussi de son intimité. Biographique sans doute, comme l’indique non sans humour tel texte de la troisième partie ou telle référence à Mon cœur mis à nu, le propos de J.P. Chevais est cependant suffisamment décalé pour que chacun – je ne parle ici bien sûr que de ceux qui sont nés vraiment, et se sont inventés eux-mêmes – y retrouve une part de son vivre. Qui est d’abord de ne pas facilement se reconnaître. De se savoir habité par de l’autre. De douter de la coïncidence entre le monde et le langage. G.G. (Poezibao)

    On lui apprit l’usage de la parole il refusa d’avoir recours aux mots — le monde était en lui ils se parlaient tous deux sans cesse n’empêche aucun son n’en sortait — plus tard le monde l’abandonna ou le contraire — il se mit à écrire on se demande pour qui on n’y comprenait rien — de là à conclure que.

    Il croit entendre l’appel d’un loriot gouiouic gouiouic se lève trop vite heurte du front dieu sait quoi — la chambre en grinçant lentement bascule oh à peine côté jardin puis côté cour s’immobilise un peu penchée — un dieu sait quoi a sans bruit dû se rompre ou tomber.

    Elle dit tu ne sais pas aimer le prouve par a + b on baisse la tête — dieu sait qui en profite pour redescendre la barre du ciel juste au-dessus de la nuque.

    Pendant ce temps — mais qu’a à faire ici le temps — pendant ce temps il s’arrête un instant de voler se retourne comprend que les débris qui traînent dans son sillage font partie de sa chair font partie de son sang il hésite — un deux puis trois hérons cendrés le dépassent il reprend sa chute.

    Il aime dire tu — à lui seul c’est vrai le mot n’est pas beau il en ajoute à la suite quelques-uns là c’est bien — il aime dire tu — pour rien au monde il ne transigerait là-dessus — il aime dire tu à tout l’animé l’inanimé le vivant comme le trépassé question de proximité — s’adressant à lui-même il préfère il question d’identité — peu de chance ainsi de faire erreur sur le quidam.

    Il sera toujours temps un jour la nuit tombée de laisser dériver une dernière fois la barque — il sera toujours temps de mettre à feu les herbes des deux rives comme on brûle des pages désormais inutiles — il sera toujours temps de décider quel nom on donnera à la barque une fois la dernière rive atteinte — le temps se chargera du reste.

    Jean-Pierre Chevais : Précis d’indécision, Atelier La Feugraie, 2007
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