"En 2028 des scientifiques à la solde d'un gouvernement totalitaire essayent de cloner Arthur Rimbaud à partir de son ADN pris sur son cadavre à Charleville Mézières, le clone pourtant ne parvient pas à écrire, malgré les injections de psychotropes à répétition il écrit en chiffre des poèmes magnifiques mais difficilement compréhensibles. Le clone de Rimbaud se souvient de l'Afrique et part en des dérives mentales ou tout se mêle jusqu'à sa mort inéluctable au bout du poème".
Extrait 1
L’Abyssinie ne s’offre pas aux désordres des sens à la façon d’une terre contrainte sous le joug de l’Histoire et du langage.Les plis et les flux de son territoire /mascarets,déserts, caverne, oueds, volcans/ sont autant d’agencement physiques que des siècles de phantasmes ont modelées depuis les amours interdites de Salomon et de la noire souveraine jusqu’au parchemin du Prêtre Jean.Toponymie de sable, d’épices sanglantes. Dans une malle de bois, l’enfance se consume d’impatience. Une vielle grammaire arabe, des calligraphies à même le ciel, les images prennent corps à force de désir. Soleil d’amharique, une cartographie mentale s’esquisse avec ses diagrammes d’ombre,failles et interstices, Le môme projette ses peurs contre les nuages. Les premières brûlures, les bagarres sous le préau dont on se relève troublé, les joues barbouillées d’émois, tandis que l’Ethiopie s’empare lentement de vos muscles et de vos rêves. Chaque rivière devient le Nil Bleu, la moindre fugue une ligne de fuite vers des horizons d’or et de meurtre. On ne peut se résigner à ’immobilité.Les caravelles de la nuit, les voiles d’alcool hissées sous les néons carnivores, le sperme boueux des aubes de contrebande, ne peuvent nous satisfaire. Il ne restent que la cendre, la salive et puis l’encre. Transcrire les fulgurances, sortir des réseaux protocolaires, dévier, se savoir minoritaire donc infiniment libre et fragile.Un jour, écrire vous dégoûte au point que vous ne vous souciez même plus de la postérité et que le seul devenir vous agrée. Vous fuyez, vous revenez emportant sous vos peaux la glaise de vos ancêtres et la carte au trésor de vos insomnies. Ritournelle. Dans une civière, un jeune vieillard traverse le désert,longitude,latitude temporalité (historicité)ne nous intéressent pas,cet homme est à l’agonie. Il est nègre malgré la pâleur diaphane de son front. Les sauvages sont ses frères depuis toujours. Il crève de chaleur et ses os impitoyablement retourne à l’état liquide, amniotique.Toutes les épidémies, les grandes peurs, les pestes d’Avignon,les ravages à venir, les étoiles sidéennes et les fleurs de Nagasaki sont en lui et le rongent. Il va mourir, les paysages qu’il traverse sont ceux d’un autre règne, il n’est plus physique et le langage est impuissant face à sa détresse. Privé d’organes, son corps est transpercé de lumière, un flash plus violent que le speed-ball,les caillots de crack et l’absinthe. Pendant quelques secondes il entrevoit la fêlure. Une chambre d’hôpital, magnolias séchés, une croix, quelques rameaux de buis, un parfum hideux qui se dresse devant le carreau,la mer qu’on appelle et qui ne répond pas. Les usines, les tambours, le fleuve, les robots cannibales, les sondes de la Grande Ourse, Dieu et ses miroirs,l’enfance qui se coagule. Un amour abandonné sur un terre sans nom. Djami.
Extrait 2
AUA Ile
AUC Ile
Cyclone polyester
les oracles déploient leurs transes
sur l’immensité
d’une table d’anesthésie
Débarcadères fiévreux, ballots de stupre
au Grand Hôtel de l’Univers chaque étoile
reçoit sa part d’outrage
les juke-boxes grésillent un menuet paralytique
les lèvres fendues du jazz trouvent
encore la force d’enfanter les miroirs de Babylone.
Al Tyler
le pouls anémié
savane de fumée / poumons tour de force
jam-session avec l’extase-amphétamine du ponant
On vient puiser les poèmes dans le rire des enfants
Ils sont le rire
enfants des écoutilles.
AAG Lys
AAU Asn
Dans l’espace lisse d’un sursis
entre deux obscurités aimantées à la flamme
je bâtis des nacelles où mon désir
fait contrepoids à la folie
Les gemmes malades des empires, les tourbillons aux
hanches de charmilles
une fugue en contrepoint qui déborde
les écluses et le gris des alluvions.
Calcédoine d’essence fardée, vieux
matins cerclés de brume
une aurore s’immole au front sensible
des machines.
Je quête sans sébile, ni pancarte
je mendie ma solitude aux totems de goudron, j’implore
à genoux les grumeaux de clarté
avec le nonchaloir qui fait le vin s’éteindre
aux sarments du passé.
ACG Thr
ACU Thr
« Une synovite arrivée à un point très dangereux par
suite d’un manque de soins et de fatigue »
Sanglot du bayou
les koras épongent les larmes sales du dispensaire
Soleil amputé, claudiquant parmi les bungalows
Ainsi se termine l’épreuve des bourgeons
Une horde de guerriers rançonne la pâle fraîcheur de
l’aube
Horizon-diagnostic
Un séraphin légiste conclut sans la moindre ambiguïté à la mort d’un vieux canyon.
AUG Met
AUU Ile
enfouir
calcaire, trésor, attaches
vomir.
cruche d’ombre & tesselles furieuses,
reflet, substitut.
trahir
les amulettes
ma voix prend son envol
ramier d’or des légendes
hôte des branchages et des barbelés
oiseau-meurtre qui hante le lin des berceaux
ma voix de musc et de sauge
sincère fut ma révolte et nobles les légions de mon sang
la glèbe a dégluti l’averse et la cuirasse des guerriers
les mottes de démence retiennent
captif en leurs serres
le germe des cathédrales.

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