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sans illusion ils posent leur sac à terre
jettent serait plus juste
c'est reparti pour des heures
des heures où l'esprit se referme
hors de sa chair
on poncerait le désert
polirait un galet
que ce serait la même chose
lourde
celui qui parle devant eux
ne sent qu'à peine tout ce vide
*
l'ennui
c'est qu'ils n'ont que les yeux pour le dire
l'envie aussi
d'une liberté pleine
et vague et folle et incertaine
on a fait d'eux
ce jour dehors qui tombe encore
plus sombre vite
et du silence aussi
mais cloisonné
raidi
crayeux
*
ne sachant pas
imaginer d'autre vie
que la leur
ou des vies alors tellement autres
et forcément impossibles
et bien qu'ils ignorent le mot
chimériques
comme les enfants qu'ils auront
dont ils s'affoleront
de l'insistante réalité
contre laquelle il faudra bien qu'ils s'effritent
plus ou moins tard
*
comment sauraient-ils qu'ici le pays qu'ils habitent
est grave et sûr et bienvenu
comme un corps frais d'amande
qu'il n'est plus ce tâtonnement d'aveugle rencontré
ce piétinement dérisoire d'enclos
où se serraient lourdement les bêtes
la mer a pourtant
le même bleu parfois ici
que le bleu
des regards qu'ils tournent très loin d'elle
et ses cargos
*
car eux sont là
trapus chargés de chaînes
et boulonnés parfaitement au monde
on voit
leurs cheminées se dresser et pénétrer le ciel
ils ne souffriront pas du grand désordre de la mer
ils passent
sans rêve
et du charbon
plein les soutes
*
avant
ils seraient partis presque pieds nus
la paille encore dans les cheveux
leur dieu supplicié au cur
vers la Ville aux pierres de jaspe et transparentes
ils auraient dessiné ses contours
sur le gris d'une plage
un matin de septembre
tracé de la pointe d'une branche de coudrier
l'approximatif carré
à quoi se résumait jadis la perfection de ce monde
qu'ils continueraient de bâtir
en s'en allant mourir
peut-être pas très loin
de main sûrement très chrétienne
*
aujourd'hui
déposés
dans l'image
qui rutile partout pour eux du monde
malgré leurs vies
qui n'ont rien de spectaculaires
pas de quoi faire la hola agiter les briquets dans ce
grand stade de la Terre
quand les heures trop d'heures tournent en piste
quotidiennes
recolorées
par de vieux marchands de paillettes
reprise instantanée tir en pleine lucarne
passage au ralenti de la planète
projetant ses Soleils
sur fond d'écrans miniatures
ils regardent leurs vieux
rêves d'avant
d'une perpétuelle enfance
sans échanger trop de paroles
s'inventant
contre eux-mêmes des audaces des fous rires
des revanches inavouées
mêlés à d'autres vies plus vite
d'autres récits
pour une fois donnant prise
où voir le monde en grand les yeux plus ronds la balle
franchir enfin la ligne
sans homme en noir
siffler
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