Rencontre avec Alain Ward, ornithologue du Groupement Ornithologique du Nord en charge de l’étude des goélands à Boulogne-sur-Mer, les services municipaux « Animaux dans la Ville » et « Hygiène » et le service animalier Opale Capture.

Comment imaginer Boulogne sans ses miaules, ses grisards et ses blancs mantiauwes ? Boulogne ne serait plus Boulogne privée de ses oiseaux de mer. Les plus fréquents sont au nombre de 5 : les trois goélands (argentés, bruns et marins) et les 2 mouettes : la rieuse qui se coiffe de noir au printemps et la plus exceptionnelle, la tridactyle qui passe sa vie en mer, et, fait unique en France, qui a choisi de nicher à Capécure.

Toutes ces espèces ont toujours été présentes à Boulogne, accompagnant les pêcheurs à leur retour au port pour récupérer les poissons non commercialisés et se nourrir au moindre effort.

Mais voilà, au cours des dernières décennies, ils ont vu leur littoral peu à peu changer avec la multiplication de nouvelles infrastructures et le développement des activités sur tout le littoral de la Manche et de la Mer du Nord les privant de leurs zones de tranquillité pour se reproduire.

Dès les années 1970 en Normandie et dans la Somme, le Goéland argenté, le plus familier de l’homme, s’est installé sur les toits des habitations pour nicher. Ce phénomène n’est apparu à Boulogne que dans les années 1990. Très intelligents, ces goélands ont vite compris que les toits des habitations étaient bien confortables, loin des prédateurs de leurs œufs et de leurs petits, avec un temps plus chaud qu’au bord de la mer et des déchets urbains abondants et facilement disponibles.

Leur présence en ville s’est faite alors plus fréquente et leurs chants de parade nuptiale plus forts et plus présents. Ils ont investi en premier les terrasses où, par petits groupes, ces oiseaux coloniaux aiment construire leur nid les uns à côté des autres. Faute de place, d’autres ont choisi les cheminées ou les chéneaux à proximité.

Cette présence continue de mars à juillet n’est pas sans effets dans les secteurs les plus fréquentés. Si certains résidents que j’ai rencontrés s’amusent de voir les parents nourrir leurs poussins près de leur fenêtre, d’autres se plaignent à juste titre des excès de salissures et de cris, voire d’inconvénients lorsque certains chéneaux sont bouchés par les matériaux ramenés par les oiseaux.

 

Quelles solutions ?

Les goélands sont des espèces protégées, car leurs populations ne se portent pas aussi bien qu’on pourrait le croire. Dans le milieu naturel, les goélands ne nichent qu’à un seul endroit : au cap Blanc Nez. Le Goéland argenté est classé en déclin dans la liste rouge de la région et même en danger pour le goéland brun. Les Goélands argentés qui passent l’hiver sur le littoral ont vu leur effectif baisser de 30 % entre 2012 et 2018 et même de moitié pour les Goélands bruns.

     

La question s’est donc posée : comment réduire les nuisances tout en respectant la protection des espèces ?

Certaines communes du littoral ont fait le choix de la réponse facile, celle de faire appel à un prestataire pour stériliser les œufs après l’obtention d’une dérogation par le préfet pour destruction d’une espèce protégée. Une réponse très coûteuse et trop simple, car inefficace. Partout où elle est appliquée, les nuisances n’ont pas diminué et les goélands sont toujours aussi présents et même sur une étendue de plus en plus importante.

 

Pourquoi la stérilisation n’a-t-elle pas d’effets positifs ?

La stérilisation n’empêche pas les couples de venir s’installer sur les toits dès février, rien ne les gêne pour construire leur nid, puis de pondre et de couver jusqu’en juin, même après que leurs œufs ont été stérilisés. Si les cris des poussins sont absents, les nuisances des adultes restent présentes pendant tous ces mois. Si le couple ne revient pas l’année suivante à cause de cet échec, il ira s’installer sur le toit voisin et l’emplacement précédent laissé libre sera occupé par un nouveau couple.

Fort de ce constat, l’autre option est celle du choix intelligent : la prévention plutôt que la destruction. C’est celui qu’a retenu la Ville de Boulogne-sur-Mer dès 2011. Les grands moyens ont été mis en œuvre pour supprimer les points de nourrissage. Les poubelles ont été remplacées petit à petit par des conteneurs hermétiques rendant l’accès aux déchets impossible pour les goélands, mais aussi pour les animaux errants ou les rats. Les agents des services « animaux dans la ville » ainsi que le service animalier Opale Capture, sous mes conseils, ont mis en œuvre, avec les résidents, les actions de prévention qui ont pour objectif d’empêcher la pose des goélands sur les toits et par là même, la construction des nids.

Sur les toits en pente, les mesures efficaces consistent à installer des piques sur les cheminées, les bords des fenêtres de toit ou les chéneaux, des câbles le long des faîtages ou sur les rebords des terrasses. Les dépenses sont ainsi faites une fois pour toutes.

Sur les terrasses, la prévention demande plus d’efforts. Les tapis de fakir peuvent gêner la construction de nids dans les coins les plus favorables, mais l’efficacité réside dans l’enlèvement systématique et journalier des matériaux de construction du nid jusqu’à ce que le couple quitte le toit pour s’installer ailleurs, c’est-à-dire, idéalement, dans la zone de compensation qui leur est réservée dans le port de commerce.

Cette mesure est indispensable pour permettre aux goélands de quitter la zone résidentielle et de pouvoir se reproduire dans un habitat propice permettant de garantir la conservation de l’espèce comme l’exige la loi.

Toutes ces mesures ont permis de contenir l’effectif de nicheurs dans la basse ville de Boulogne-sur-Mer. Pour réduire plus encore le nombre de couples, il faut continuer à installer des dispositifs durables sur les toits en pente et assurer une vigilance constante pendant la période de construction des nids sur les toits en terrasse. La préservation de la zone de quiétude dans le port est la mesure associée indispensable.

Les mesures de prévention gagneraient à être prévues dès la construction des nouveaux bâtiments pour éviter des travaux ultérieurs de prévention.

Le kiosque

Les sites de la ville