A l’image de ses fresques, l’homme est discret, souriant et empli d’une bienveillance communicative. En moins de 10 jours, Mohammed El Ghacham a transformé le siège de l’aviron boulonnais en œuvre d’art à ciel ouvert. Les scènes de la vie quotidienne s’enchaînent en douceur comme une bande dessinée. Reflet de la vie du quartier, elles nous rappellent qu’il faut chérir ces morceaux de vie avant qu’ils ne deviennent que des souvenirs.

Un soleil de plomb, des coureurs et cyclistes concentrés qui lèvent la tête au passage mais aussi des riverains contemplatifs depuis leur fenêtre, le quartier Damrémont n’a d’yeux que pour le siège de l’Aviron Boulonnais. Tranquillement mais sûrement, dans une quiétude toute estivale, Mohamed El Ghacham a réalisé une magnifique œuvre d’art. « En général, j’aime m’inspirer d’anciens albums photos de mes amis, de la famille ou même des photos que je peux trouver sur internet et ebay » explique l’artiste hispano-marocain. « Mais pour ce projet, c’est vraiment la vie du quartier qui m’a intéressé. J’ai voulu créer une œuvre qui entre en interaction avec chacun des habitants, que tous puissent s’y retrouver. » Une lettre a ainsi été adressée aux riverains pour que chacun puisse confier un objet ou raconter une anecdote qui lui est chère.

A l’artiste ensuite de retranscrire ces sentiments. « J’aime m’inspirer de scènes classiques de la vie quotidienne » reprend Mohamed El Ghacham. « Ce projet m’a donc tout de suite convaincu. » Mais comment représenter les nombreux souvenirs des riverains ? « En touchant à l’universel » répond l’artiste. « L’idée de départ est de prendre un élément symbolique que chacun possède chez soi. J’ai décidé de choisir une table. C’est quelque chose que tout le monde possède et autour duquel les gens se retrouvent en famille. La représenter dans un autre contexte provoque des souvenirs où chacun peut s’identifier. »

Place ensuite à la réalisation et la mise en scène. « Ce qui m’a vraiment intéressé dans ce projet, c’est la configuration du mur. Ici pas de grandes surfaces mais un enchaînement de petits murs qui composent une galerie. La première fresque, la plus grande, est la plus importante. Elle représente la scène de façon globale. » Suit alors une série de focus qui sont autant de situations dans lesquelles chacun pourra se reconnaître : lire le journal sur son lit à côté de sa table de nuit, préparer à manger, attendre le repas ou se reposer après un bon repas.

A quelques mètres de là, le second bâtiment de l’aviron est lui consacré à des scènes en extérieur. « Pour moi, le plus important n’est pas d’intellectualiser les choses ou de représenter des personnes célèbres. Ce qui m’intéresse, c’est l’humain et les moments simples mais qui sont primordiaux dans la vie de chacun » insiste l’artiste.

Le tout mis en couleurs dans des tons sobres. « Je suis à l’opposé des publicités hyper flashys que les gens peuvent voir partout. Nous sommes au cœur d’un quartier. Je pense aux habitants qui prennent leur café le matin en regardant dehors. L’œuvre ne peut pas être « agressive ». Côté technique, j’ai arrêté les aérosols depuis 7 ans pour me consacrer à l’acrylique. Je suis d’une formation classique et je veux réaliser des murs comme des anciennes peintures. Je suis un passionné des grands maîtres et des impressionnistes. Pour moi, c’est aussi une façon de me connecter avec ces grands peintres. »

Une nouvelle œuvre et une magnifique philosophie qui vient enrichir le musée à ciel ouvert boulonnais. « Je suis super heureux de participer à ce magnifique festival. On en a parlé avec Slim Safont, Smug1, Mantra et Wedo. L’équipe est super, le soleil est là, la place est parfaite. C’est un vrai bonheur ! »

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